lundi 8 novembre 2010

Willy Rizzo : chasseur d'étoiles

Direction le Salon de la Photo, Porte de Versailles, Parc des Expositions, pavillon 4 - espace surchauffé, trop de monde partout - overdose - au détour d'un stand, une bouffée d'air : la première rétrospective en France du photographe Willy Rizzo. La salon de la photo a souhaité rendre hommage à l'artiste en choisissant 100 clichés retraçant 60 ans de carrière. La première image que je vois et qui m'interpelle c'est le portrait immense de Catherine Deneuve en noir et blanc. Je m'arrête, j'admire : John Wayne dans son lit, Bruce Willis nu sous sa douche, la "demi-photo" de Marlon Brando (on ne lui voit qu'une partie de son visage), Marilyn plus naturelle que jamais...

Willy Rizzo démarre sa carrière en faisant du photojournalisme pour Life et pour Point de vue. Il se distingue en réalisant ses prises de vues à la tombée du jour pour avoir une lumière basse et différente. Beaucoup plus attiré par le luxe et les paillettes, il se voit confier par France Dimanche les photos du premier festival de Cannes : les plus belles stars défilent devant son objectif. Il prolonge l'aventure en partant pour l'Amérique photographier Gregory Peck, Cary Cooper, ...

Quand il rentre en 1949, démarre l'aventure Paris Match : il participe à la fondation du magazine. Il en réalise la première couverture avec Winston Churchill en 1949. Willy Rizzo devient alors un véritable dandy, charmeur, roulant en voiture de sport et toujours entouré de femmes sublimes. Il fait partie de cette nouvelle "race" de photographe évoluant dans le luxe et la jet-set, en total  opposition avec l'époque de Doisneau. Pendant plus de 20 ans, il réalise de magnifiques portraits des stars les plus célèbres, prises souvent dans leur intimité, « par connaissance, par fascination, et souvent au culot »: Marylin Monroe, Jane Fonda, Jean Paul Belmondo, Yves Saint Laurent, Maurice Béjart, Françoise Sagan, Salvador Dali, Marlène Dietrich et bien sur Jack Nicholson qu'il rencontre dans un restaurant français "Le Bistrot" à Beverly Hill. Il est étonné de voir combien l'acteur qui n'aime pas beaucoup être photographié connait l'art et la technique photographique. Une amitié très forte démarre alors entre eux et ce depuis 35 ans. Ils passent toutes leur vacances ensemble.

"Que dire de Jack ? C'est un ami très cher qui a, en plus, la chance d'être photogénique. Avec lui rien n'est prévisible, ça arrive n'importe où, à n'importe quel moment, contre sa volonté."

Lors d'un reportage qu'il réalise pour Paris Match sur Maria Callas il inspire à Hergé  le personnage de Walter Rizzoto, le photographe de Paris Flash pour "Les Bijoux de la Castafiore."
Directeur artistique de Marie Claire, collaborateur pour Vogue, on lui demande de travailler "avec son regard". En grand amoureux de la plastique féminine, il s'emploit à sublimer la beauté des femmes.

« Notre métier est un perpétuel défi. Lorsqu’on a une heure avec une célébrité, le talent doit être tout de suite au rendez-vous. Il faut dans l’immédiat trouver l’idée, l’accessoire, qui fasse la synthèse de la personnalité, par exemple des loupes pour photographier Dali ou un tourne-disque pour Marlene Dietrich.
Ce qui transpire des photos de Willy Rizzo est une sorte d'intimité révélée, de vérité aussi.
Témoin d'une époque, les clichés laissés par le photographe sont uniques.


Quelques morceaux choisis tirés pour la plupart du catalogue officiel de l'exposition "Willy Rizzo - Une vie de photographe" :
 
Brigitte Bardot - Saint Tropez - 1958 
"Je l'ai appelé et la seule façon pour elle de venir à moi était à quatre pattes. Je n'ai pas pu résister."

"Ce n’est pas facile d’être photographié, il faut une grande concentration, de la patience. Pour le photographe c’est la même chose.Quand on est au niveau de chercher plus que la photo, cela demande un effort immense. Après cet effort passé, il en reste quelque chose."

 Robert Mitchum - Hawaï - 1961
"Le grand Bob ne fait jamais rien pour les photographes, c'est dans son personnage, mais j'étais devenu copain avec lui sur le tournage de Rampage, près de Hawaï. Un personnage formidable, étonnamment cultivé et raffiné".

Marlène Dietrich - Monte Carlo - 1956
"C'est une photo d'apparence très simple : la star de l'Ange bleu, en pantalon noir et chemisier, aimait chanter I Want to be alone with my gramophone. Capricieuse, bourgeoise, chez elle, elle était capable de vous recevoir en pantoufles. Marlène était le contraire de l'image qu'elle montrait à l'écran."
John Wayne - Los Angeles - 1957
"On a souvent une image d'un cowboy mal dégrossi, mais il était très élégant dans sa maison d'Encino, en Californie, décoré avec beaucoup de raffinement. Il adorait Paris."
Marilyn Monroe - Hollywood - 1962
La photo a été prise 15 jours avant sa mort dans la maison d'une amie. C'était une rencontre chaotique car elle était dans un état émotionnel fragile. Quand elle est apparue, je suis tombée sous le charme."
Fred Astaire et sa fille - Paris - 1961
"L'une de mes idoles, de passage à Paris, avec sa fille. Je les ai photographiés dans la bonne humeur à la terrasse du Fouquet's. Entre les mains de Fred deux photos de moi de Marlène Dietrich."

Bernadette Lafont - Studio Willy Rizzo - 1965
"Je n'avais aucune idée lorsqu'elle est arrivée au studio. Et puis, j'ai pensé à la louve de Rome. Poser nue à quatre pattes ? Aucun problème pour Bernadette qui explose sur le fond noir."
http://www.willyrizzo.com/

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