vendredi 16 juillet 2010

The road is my home

« Happiness only real when shared »

Certain film reste.
Certain film change définitivement les choses.
Certain film ouvre une voie.
Ces films, on les attend, on les guette, on les pressent et on tressaillit lorsqu'on les vit, enfin.
Into The Wild a été un de ceux là.

Bouleversé par le récit "Voyage au bout de la solitude" écrit par le journaliste Jon Krakauer, qu'il achète dans la librairie où il se rend habituellement le midi et alors qu'il est juste attiré par la couverture, Sean Penn aura attendu près de 10 ans pour enfin obtenir les droits de réaliser l'histoire qu'il vient de lire deux fois dans la nuit. 10 ans de patience, de "parade amoureuse" comme il dit, auprès de la famille McCandless encore éprouvé par la perte de leur fils. 10 ans pour raconter l'odyssée de Christopher Johnson McCandless, outsider, têtu, rebelle et idéaliste dans lequel il s'est probablement reconnu. 10 ans pendant lesquels il a pu réfléchir à chaque situation, imaginer chaque plan et penser à chaque détail. Même s'il a pris quelques libertés quand à la véritable histoire de Christopher, le résultat dépasse toute espérance  : Into the Wild est une révélation, un road movie magnifique sur la quête de soi, emprunt de liberté et de grands espaces. Plus que cela il réussit à peindre la personnalité hors norme de Christopher McCandless, étudiant fraichement diplômé qui refuse un avenir tout tracé et une société matérialiste imposant des valeurs futiles et grotesques. Cet être complexe et tourmenté, profondément influencé par ses lectures (Jacques London, Kerouac, Thoreau,...) décide d'entreprendre un voyage initiative afin de régler les conflits qui le rongent et ainsi trouver la paix. Le jeune homme se débarrasse dès le départ d'un passé trop lourd à porter en prenant le nom d'Alexander Supertramp (Super-Vagabond en québécois). Fort de de cette nouvelle identité, créée à sa (dé)mesure il est fin prêt à toutes les audaces. Son voyage démarre en Arizona, passe par la Californie, traverse le Dakota, puis le Colorado et le Nouveau- Mexique où lui vient l'idée de terminer son voyage en Alaska...Territoire pur, sain et quasiment vierge de toute civilisation humaine...

Séduit par son espièglerie et sa présence physique, Sean Penn a presque tout de suite pensé à l'acteur Emile Hirsch qu'il a vu dans Les Seigneurs de Dogtown, pour le rôle principal, mais il n'était pas sur que ce dernier serait à la hauteur des exigences scénaristiques. Or Emile Hirsch, porté par l'histoire de son personnage, a réalisé une véritable performance allant jusqu'à repousser ses propres limites pour un rôle qui demandait 8 mois de travail quasi monacale ainsi que des épreuves physiques constantes.

Le réalisateur s'est attaché à rendre le récit qu'il avait lu le plus authentique possible. L'équipe de tournage s'est rendue sur chaque lieu où le véritable Christopher McCandless s'était rendu, marchant ainsi sur les pas de la personne même dont elle souhaitait relater au plus juste l'histoire. Aucun décor ou lieu n'a été recréé excepté le bus. Le véritable bus situé sur la piste Stampède en Alaska où a été découvert le corps de l'aventurier n'a pas été utilisé par respect pour sa famille.

Alors que le film n'était qu'à l'état d'ébauche, Sean Penn entendait déjà la voix de son ami Eddie Vedder sur les images qu'il avait dans la tête. C'est donc naturellement qu'il lui a donné carte blanche pour concevoir la bande originale du film. Au delà d'un simple habillage musical, Sean voulait que les chansons complètent les idées du film comme un "co-narrateur". Le chanteur de Pearl Jam a ainsi écrit des paroles relatant les sentiments d'Alexander. Le folk et la voix d'Eddie Vedder colle à mon sens parfaitement à l'ambiance du film.

Enfin, les rencontres éphémères que va faire Chris apparaissent comme fascinées par sa force et semblent tous évoluer à son contact d'une manière ou d'une autre. Jusqu'à ses propres parents : décrits comme égocentriques, faibles et perdus dans leur perpétuelles disputes, ils finissent par se rapprocher, unis dans une même souffrance, ... et trouvant enfin une paix qu'ils n'avaient alors jamais connu.
L'image d'un père s'écroulant à genoux lors de sa promenade ou encore la conversation entre Emile Hirsch et Hal Holbrook incarnant le personnage de Ron resteront des moments particulièrement émouvants. 

Into the Wild apparait comme une leçon de vie, un souffle d'air pur,  et laisse un sentiment profond d'envie de grands espaces et de liberté. Peu importe les détails de la véritable histoire de Christopher McCandless, l'essentiel est bien là.

On ne peut que louer la volonté tenace du réalisateur d'avoir comme son héros été au bout de son projet.

Il est au sein des bois un charme solitaire
Un pur ravissement aux confins du désert
Et de douces présences où nul ne s’aventure
Au bord de l’océan qui gronde et qui murmure
Sans cesser d’aimer l’homme, j’adore la Nature.
 Lord Byron





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Into the Wild a reçu le césar du meilleur film étranger.
http://www.intothewild.com/

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