"Klaatu barada nikto"Cela faisait un bout de temps que je lorgnais sur ce fameux film, à l'affiche et au titre troublant, à la médiathèque bien fournie de ma sympathique ville. Mais toujours des excuses, pas le bon week end, pas le bon moment, as prioris idiots, etc...Le cinéma des années 50, celui en noir et blanc regorge de pépites. En voilà une. Réaction à chaud post-visionnage :
Étonnamment, Le jour où la terre s'arrêta n'a pas pris une ride, il se regarde d'une traite et procure son petit effet.
Synopsis : L'extraterrestre à forme humaine Klaatu et son robot Gort atterrissent sur Terre en plein Central Park devant l'effroi de la population. Ils viennent délivrer un message de paix mais l'accueil qui leur est réservé est plutôt hostile.
L'histoire met en avant la particularité du genre humain de s'attacher toujours aux éléments futiles avant l'essentiel. Plusieurs exemples l'illustrent comme le personnage de Tom Stevens, l'amant d'Helen qui se révèle vénal et profiteur, la réaction des militaires : ils tirent de manière brutale et irréfléchie, l'acharnement à vouloir découper, osculter la soucoupe...personne ne semble s'intéresser à la chose la plus importante : de quel message est porteur Klaatu ?

Il faut rappeler que le film a été tourné dans un contexte emprunt de tensions, l'Amérique étant alors en pleine Chasse aux sorcières. Une psychose paranoïaque ruine les Etats Unis. Le cinéma de l'époque produit essentiellement des films où la menace vient du ciel, de Mars, la planète rouge... Le Jour où la terre S'arrêta va changer la donne en délivrant un message pacifiste.
En effet, le jeune cinéaste, Robert Wise a compris qu'il pouvait utiliser le cinéma de SF pour faire passer des messages en touchant un maximum de personnes. Quand on lui propose d'adapter le roman "Farewell of the Master" de Harry Bates c'est l'occasion pour lui de mettre en scène un alien pacifiste et ainsi modifier le regard de l'Américain moyen.
Klaatu prévient les hommes du danger de l'arme atomique qui vient tout juste d'être découverte. Cette dernière fait figure de bombe à retardement et on ne peut dire même aujourd'hui si elle a été bonne ou mauvaise et si elle ne représente pas un "jouet" trop ambitieux pour notre race égocentrique. Les incidents qui ont jalonné l'histoire du nucléaire montrent que cette énergie est loin d'être totalement maîtrisée et que notre connaissance de ces répercussions et plus que limitée.
Ne pouvant pas être écouté, Klaatu décide que la seule manière de faire entendre son message est d'utiliser un moyen d'intimidation un peu plus radical, il paralyse le monde (les Etats Unis) de son énergie durant 30 min.
"Philosophiquement, le film est un regard magistral sur les bons et les mauvais côtés de la nature humaine qui peut, avec la science, engendrer aussi bien les découvertes bienfaisantes que les plus terribles des cataclysmes.
Lors de sa sortie, ce film avait des allures avant-gardistes mais a encore des résonances malheureusement bien actuelles.
George Kaplan écrit "Lors du final Klaatu s’adresse aux terriens pour les exhorter à abandonner leur escalade guerrière. Son discours ne privilégie pas plus un camp qu’un autre. Si on limite notre analyse à ce monologue on peut voir en Wise un apôtre de la paix.Mais Klaatu ne se contente pas de ces belles paroles. Après avoir mis en avant ses idées, il menace les terriens et promet une destruction de la Terre si la réaction ne va pas dans son sens ! Il faut avouer que cette attitude quelque peu brutale n’est pas d’une grande finesse. Ici Wise (Klaatu), cherche à imposer une vision pacifique par la violence et refuse toute discussion. Il prône ainsi une position unilatérale contre le mal et sans concertation avec les différentes composantes terriennes."(50 ans de cinéma américain - Tavernier et Cousodon - édition Omnibus)La phrase prononcée par Hélen au robot Gort "Klaatu barada nikto" va devenir un point de ralliement des fans les plus fervents parmis lesquels Georges Lucas qui va baptiser trois de ses personnages dans la Guerre des Etoile Klaatu, Barada et Nikto.
Avec un budget très limité (995 000 dollars), les "trucages" sont réduits au stricte minimum : une soucoupe, un robot, quelques lumières...mais la réalisation intelligente et efficace de Wise et surtout le choix judicieux de Bernard Herrmann (futur collaborateur d'Hitchcock) pour la bande son rendent une ambiance étrange et mystérieuse.
Quelques années plus tard, Robert Wise renouvelera son message de paix et de tolérance en réalisant le magnifique West Side Story.

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